Les stalles de Saint-Étienne
Stalles du chœur (1499-1502). Photo Rama, Wikimedia Commons, CC BY-SA 2.0 fr
Dans une église paroissiale, un tel ensemble surprend. Les stalles de chêne du chœur, taillées entre 1499 et 1502, appartiennent d’ordinaire aux cathédrales, aux abbayes, aux collégiales. À Moudon, elles disent autre chose : une ville qui, à la fin du XVe siècle, commande comme une capitale savoyarde.
Elles suivent de près la nouvelle charpente posée en 1498/99 par Jean Perrin. Le bois arrive juste après le bois de la toiture. On a l’impression d’un même élan, d’une même campagne de prestige.
Deux ateliers, deux tempéraments
Deux équipes travaillent côte à côte, et cela se voit. Au sud, Rodolphe Pottu (1499-1500/01). Au nord, Peter Vuarser, aidé de son fils Mattelin (1499-1501/02). L’asymétrie des rangées n’est pas un accident : c’est la signature de deux maîtres.
Pottu (ou son père) avait déjà travaillé aux stalles de Romont vers 1468/69, puis à Chambéry. Mattelin reprendra plus tard le modèle de Moudon pour Estavayer, entre 1522 et 1526. Au sein du groupe des stalles « savoisiennes » et « genevoises », Moudon occupe une place centrale, par la date comme par les auteurs.
Détail sculpté. Photo Rama, Wikimedia Commons, CC BY-SA 2.0 fr
Prophètes et apôtres
Chaque dorsal porte une figure en relief. Les dais, en forme de voûtes, se parent d’arcatures ajourées. L’iconographie centrale repose sur la concordance des Credos prophétique et apostolique : onze prophètes dialoguent avec autant d’apôtres (une « paire » a été omise). Un Christ de pitié et saint Étienne occupent les angles des retours ouest.
Sur les jouées sud, on reconnaît encore saint Maurice et un évêque mitré. Pommes d’appuis-mains et miséricordes portent les sujets grotesques ou symboliques habituels à ce type de stalles. La qualité des figures est souvent plus fine au sud ; la construction, plus monumentale au nord.
Chœur, vue intérieure, 1899. Photo Max van Berchem, Bibliothèque nationale suisse / Wikimedia Commons, domaine public
Épargnées en 1536
À la Réforme, les dix-huit autels secondaires disparaissent. Les stalles restent. En 1695, lors du réaménagement lié à la nouvelle chaire, on les place contre les parois du chœur. Elles y restent longtemps, loin de leur disposition première.
Remontage, restauration, chariots
Lors de la grande restauration (fermeture d’environ 1964 à 1974), les fouilles permettent de remonter les stalles selon le plan d’origine. Gaston Demierre, ébéniste, les restaure en 1973-1974. Le professeur Alfred A. Schmid exige leur retour à l’emplacement primitif.
Reste la vie musicale. Pour continuer d’accueillir chœur et orchestre, Baptiste Dalioli fait concevoir, à l’atelier Otto Anaheim aux Terreaux, des chariots qui permettent de déplacer les stalles. La commission fédérale, qui subventionne les travaux, accepte la solution. Pendant la fermeture, les cultes se tiennent à la chapelle de Cerjat, puis au Poyet. La Lyre donne ses concerts à la caserne ou à l’Abbatiale de Payerne.
Repères
• 1498/99 : nouvelle charpente (Jean Perrin)
• 1499-1502 : stalles (Pottu ; Peter et Mattelin Vuarser)
• 1506-1511 : peintures des voûtes
• 1973-1974 : restauration (Gaston Demierre)
Sources et références
- Gaëtan Cassina et Monique Fontannaz, L’église Saint-Etienne de Moudon, Guides de monuments suisses SHAS, Berne, 1998, section « Stalles »
- "Interior of église de Saint-Etienne, Moudon" - Wikimedia Commons
- "Histoire du temple St-Etienne de Moudon" - Association Pour St-Etienne
- Témoignage de Raymond Bosshard, ancien municipal des cultes (1974-1989) et responsable des concerts à Saint-Étienne, lettre à la Municipalité de Moudon (avril 2022)