Le Temple Saint-Étienne de Moudon
Temple Saint-Étienne, Moudon. Photo Christophe95, Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0
On l’appelle parfois la « petite cathédrale » de la Broye. Ce n’est pas un titre officiel. C’est une façon de dire ce que l’œil voit tout de suite : un vaisseau de près de 55 mètres de long, des voûtes à 20 mètres, et, pour une église paroissiale, une ambition rare en Pays de Vaud.
Avant la pierre qu’on voit
Le vicus romain de Minnodunum s’étalait près du pont sur la Broye. Un lieu de culte a pu s’y installer très tôt ; le vocable Saint-Étienne et d’anciennes sépultures autour de l’église actuelle vont dans ce sens. Quand les habitants se réfugièrent sur l’éperon de la Ville Haute, une seconde église, Notre-Dame, prit place en haut de la colline. Saint-Étienne, lui, resta en bas, du côté de la plaine.
Les fouilles de 1971, dirigées par Werner Stöckli, n’ont pas trouvé d’église antérieure exactement sous le plan actuel. Elles ont livré de la céramique gallo-romaine, des sépultures, et de faibles traces du haut Moyen Âge sous le mur nord. L’histoire longue du site n’est donc pas une légende, mais elle ne se confond pas non plus avec le chantier gothique que l’on visite aujourd’hui.
Capitale savoyarde, chantier d’envergure
Au XIIIe siècle, les Savoie font de Moudon leur tête de pont vaudoise et le siège de leur bailliage. La ville s’étend vers le pont. C’est dans ce climat qu’on reconstruit Saint-Étienne, dans le quartier alors dit de la Villeneuve.
Pierre II de Savoie, qui avait reçu Moudon en apanage en 1237/38, a peut-être poussé les premiers coups de pioche, comme à Romont. Le plan définitif, lui, se met en place peu avant 1281, quand le chevet s’articule au mur d’enceinte. Un testament de 1306 cite déjà la fabrique. En 1332, trois voûtes et deux arcs-boutants, dus à Girard Bralliar et aux maçons Jacques et Jean, ne sont pas encore entièrement payés. Les chantiers médiévaux avancent ainsi, par à-coups, factures en souffrance comprises.
Les chapelles secondaires se multiplient ensuite : neuf au milieu du XIVe siècle, dix-huit en 1523. Autels privés, confréries, prestige urbain. L’église devient une machine sociale autant qu’un édifice de pierre.
Façade orientale, 1899. Photo Max van Berchem, Bibliothèque nationale suisse / Wikimedia Commons, domaine public
Le clocher, né d’une porte de ville
La tour que l’on voit aujourd’hui n’a pas commencé comme clocher. Une porte de ville voisine de l’église, déjà attestée en 1358, est refaite en 1410-1413. Dès 1416/17, on la surmonte d’une tour, achevée vers 1420-1422. Vers 1425/26, on décide d’en faire un beffroi : les travaux d’exhaussement reprennent en 1431/32 et s’achèvent en 1435/36. En 1440/41, Jean Perrodet et Pierre Cartaul, fondeurs genevois, coulent des cloches sur place ; la plus grande est encore là.
Clocher. Photo Abaddon1337, Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0
Une période faste, puis 1536
Entre les guerres de Bourgogne et la conquête bernoise, Moudon connaît une belle saison de commandes. En 1498/99, Jean Perrin pose une nouvelle charpente sur le vaisseau central rehaussé. Les stalles suivent (1499-1502). Vers 1506-1511, on peint les grandes voûtes et on applique sur les murs un enduit trompe-l’œil.
En 1536, le passage forcé au culte réformé balaie les dix-huit autels secondaires. Une grande table de communion en pierre, sur six pieds, est posée en 1563 (maçons Henri Gallyn et Pierre Neyret ; le guide SHAS penche pour 1564). En 1582-1583, on reprend arcs-boutants et contreforts. En 1695, la chaire de bois de 1555 cède la place à la chaire de molasse encore en place. En 1764, orgue et tribune s’installent à l’ouest. La souveraineté bernoise s’achève en 1798 ; Moudon devient chef-lieu de district du canton de Vaud en 1803.
Ce que la restauration a rendu visible
Les peintures des voûtes (1506-1510/11), dégagées au XXe siècle, comptent parmi les principales richesses du temple : armes de la ville, armes de Savoie, anges du Jugement dernier au-dessus des stalles, Évangélistes offerts par Jacques de Bulo dans le chœur. Plus bas, sur les piliers et dans les bas-côtés, subsistent des fragments du XIVe siècle, dont une Crucifixion d’influence giottesque, vers 1400, sur le mur nord du chœur.
Après le badigeon gris de 1838-1839 (Henri Perregaux), la statique de l’édifice inquiète. De 1949 à 1974/75, une longue campagne renforce combles, arcs-boutants et voûtes, dégage les peintures, restaure stalles et orgue. Frédéric Gilliard dirige les travaux dès 1949 ; Claude Jaccottet et Jacques Bonnard les mènent à terme. Les stalles passent entre les mains de Gaston Demierre ; l’orgue, chez Kuhn à Männedorf.
Saint-Étienne dans la ville. Photo Roland Zumbühl (Picswiss), Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0
Aujourd’hui
Le temple sert encore au culte et aux concerts. L’APSE y organise sa saison musicale. Depuis 1997, les Amis de l’Orgue proposent un programme en septembre autour de l’instrument de 1764.
Pour aller plus loin sur place : stalles, vitraux, cloches, horloge, orgues. Le guide SHAS de 1998 est présenté sur la page Guides de monuments suisses.
Dimensions
• Longueur : 55 m
• Largeur : 22 m
• Hauteur sous voûte : 20 m
• Plus grande église paroissiale du canton de Vaud
Sources et références
- Gaëtan Cassina et Monique Fontannaz, L’église Saint-Etienne de Moudon, Guides de monuments suisses SHAS, Berne, 1998 (ISBN 3-85782-644-4), édition revue du guide de 1974, publiée à l’initiative de l’APSE
- "Église réformée Saint-Étienne de Moudon" - Wikipédia
- "Église de Saint-Etienne, Moudon" - Wikimedia Commons
- Notes locales Bureau (St-Etienne), dossier APSE : chronologie et données de terrain